Le zoophile

un adieu aux bêtes

Ne pas manger. Ne pas mutiler. Ne pas tuer. Ne pas détenir. L’injonction anti-spéciste est claire. Elle met fin à une relation avec les animaux – ou plutôt à des relations tant nos rapports avec eux sont tissées d’ambiguités et d’ambivalences- vieille de 14 000 ans. Le Monologue du Zoophile prend acte de cette rupture, au sens le plus fort de ce mot, pour dire adieu aux bêtes, se remémorant au passage la hache ou les coups de pied, mais aussi la truffe humide dans la paume de la main ou ce retour du sale dans la maison qu’induit forcément la possession d’un animal domestique.

Le Zoophile a été créé en avril 2017 au Théâtre de Vidy, dans le cadre du festival Être bête(s)

texte Antoine Jaccoud
mise en scène Emilie Charriot
jeu Jean-Yves Ruf
lumière Yann Godat

production Cie Selma 95 coproduction Théâtre de Vidy - Lausanne soutiens la Ville de Lausanne, la Loterie Romande, la Fondation Leenaards, la Société Suisse des Auteurs, la Fondation Jan Michalski

Théâtre de Vidy-Lausanne (CH) | 26 avril - 3 mai 2017

Bien sûr que certains ont poussé le bouchon un peu trop loin.

Bien sûr que certains ont gueulé sur leurs bêtes,

ont donné des coups de pied ou de bâton sur les fesses

ou même sur la tête.

Bien sûr que des bêtes ont été mutilées,

que des queues, des oreilles, des cornes sont tombées.

Bien sûr qu'on en a mangées beaucoup,

- plus que de raison, il faut le dire.

Bien sûr que certaines bêtes ont trop travaillé.

On n'a pas toujours fait très attention,

beaucoup sont mortes sous la charge, les genoux brisés.

Mais tout de même.

Est-ce une raison pour couper tout lien?

Est-ce une raison pour que tout s'arrête?

Est-ce une raison suffisante pour mettre fin à notre relation?

On avait encore des choses à vivre ensemble.

(Le Zoophile, extrait)